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Haïti, le temps des patriotes

Ces dernières années, il se déploie sur le pays un temps mortifère, inextricable et surtout illisible. Marqué par d'épais brouillards, ce temps est générateur de souffrances indescriptibles et multiples pour tous les haïtiens, où qu'ils se trouvent en Haïti ou ailleurs.

Pour le peuple des sans voix, avili, humilié et aujourd'hui complètement agenouillé, trahi une fois de plus par ses élites, qui a longtemps marché sous le soleil, dans la pluie et l'humidité, en quête de paix et d'amour, il s'agit d'un temps maudit où la mort cherche, à tout instant, à dialoguer avec tout être vivant évoluant sur le territoire haïtien.

Temps des chacals où aucun signe d'espoir n'est visible. Temps de la honte et du déni.

S'alimentant de la logique du chaos qui s'est stabilisée depuis, aujourd'hui ce temps nous laisse démunis : plus d'Etat, plus de mécanismes institutionnels, plus de cadres normatifs et sociétaux, dilution puis, plus de diplomatie digne du peuple de 1804, disparition des valeurs fondatrices de la société haïtienne traditionnelle, déconstruction et désarticulation de la base économique du pays, déshumanisation accélérée de nous-mêmes, fuite massive de nos cerveaux les plus brillants, décapitalisation accélérée des classes laborieuses.

C'est surtout le temps de l'effroi et de l'affirmation de notre doute collectif.

Oui, nous doutons ! Car, l'Haïti d'aujourd'hui c'est : le viol des fillettes et de leurs mères sous le regard impuissant des voisins, le vol et le pillage des biens d'autrui durement gagnés, les massacres de masse, l'institutionnalisation des gangs (ils sont plus de 300 selon CNDDR).

C'est bien le temps du triomphe de la barbarie sur la raison, de l'impunité sur la justice. Le temps de l'ignominie. Véritable temps des bakas (Chimères, créatures infernales de la mythologie Vodou) projetant devant nous et au quotidien un rictus lugubre.

L'émergence d'un autre temps : le temps des patriotes

Cependant, de notre lieu d'avant-garde nous forçant à refuser le chemin de la division reposant sur des luttes fratricides historiques et à entrer en distanciation critique par rapport à ce cadrage construit pour notre mort sociale collective, il nous est permis de constater qu'il y a en son sein et en filigrane, sorte de clair-obscur, l'émergence d'un autre temps, annonciateur pour le peuple des sans-voix de multiples possibilités.

Pour entrer dans ce nouveau temps : celui des patriotes, nous avons besoin d'aller au-delà des constructions idéologiques à partir desquelles nous avons été politiquement socialisés.

C'est le temps des patriotes. Temps des nouvelles opportunités pour nous tous et surtout pour notre jeunesse qui s'en va. Temps de l'exigence de l'effort intellectuel. Temps de la persévérance dans le combat pour la justice sociale et le triomphe du droit sur la barbarie.

C'est surtout le temps où il nous faut nécessairement transcender nos oppositions structurelles et nos divergences idéologiques de classes, de clans et de groupes pour nous élever à la hauteur des grands défis du moment et de l'enjeu principal qui est aujourd'hui celui de sortir notre chère Haïti du gouffre dans lequel ses élites l'ont plongée depuis le déploiement du temps des chacals et des bakas.

Haïti d'abord et avant tout !

Le concept clé ici c'est le patriotisme c'est-à-dire, amour de la patrie se reposant sur la volonté de se dévouer pour elle et de se sacrifier pour la défendre.

Pour finir, je voudrais porter à l'attention de tous ceux et celles qui prendront connaissance de ce papier que nous sommes, à l'heure actuelle, dans ce qu'il convient d'appeler une temporalité discursive s'articulant autour d'une conflictualité dialectique où s'affrontent mortellement le temps des chacals et celui des patriotes.

L'avenir d'Haïti dépend de l'issue de cette confrontation qui, pour nous les patriotes, doit se reposer sur la pertinence de nos idées et propositions pour des actions tangibles pouvant déboucher sur le changement social et comportemental et surtout la force de notre engagement pour Haïti.

Augustin ANTOINE - Secrétaire Général du MTC
Augustin ANTOINE

Sociologue, Professeur à l'Université d'État d'Haïti
Coordonnateur du Centre d'Éducation et d'Interventions Sociales (CEIS)
Secrétaire Général du Mouvement des Travailleurs et des Citoyens (MTC)

Montréal, mardi 5 décembre 2023